Décembre 2010. Le comité exécutif de la FIFA vote à Zurich pour désigner l’organisateur de la Coupe du Monde 2018. La Russie l’emporte. L’Angleterre, favorite technique selon plusieurs observateurs, ne reçoit que deux voix. Derrière ce résultat : des oligarques mandatés par Vladimir Poutine, deux agences de renseignement privées liées au MI6, une unité de surveillance du FSB installée à Londres, et une négociation secrète entre Franz Beckenbauer et Gazprom. Ce documentaire démonte, source après source, les rouages d’une campagne qui n’avait de sportif que le prétexte.
Le vote FIFA de 2010 à Zurich : un comité exécutif sous influence politique
Le processus est officiellement simple. Chaque membre du comité exécutif de la FIFA dispose d’une voix. En 2010, ce comité comprend notamment Michel Platini et Franz Beckenbauer. En pratique, ce mécanisme formel masque une réalité différente.
Peter Hariti, consultant ayant travaillé pour la candidature anglaise, le résume sans détour : « Il y avait une profonde malhonnêteté avant le vote en 2010. Une interférence politique massive dans le processus de vote. » Sepp Blatter, président de la FIFA, avait selon plusieurs sources une vision arrêtée dès le départ : attribuer un Mondial à la Russie et un autre aux États-Unis. Un projet qu’il associait à une forme de réconciliation post-Guerre froide.
La candidature anglaise, jugée techniquement supérieure sur le plan des infrastructures et des revenus potentiels, s’est heurtée à des blocages politiques difficilement contournables. L’Argentin Julio Grondona conditionne son vote à la restitution des îles Falkland. Jack Warner, membre influential du CONCACAF, reste insensible aux avances anglaises. Blatter lui-même aurait averti Hariti : « Ne travaillez pas pour eux. Ils ne gagneront jamais. »
Poutine et les oligarques : la mobilisation du Kremlin au printemps 2010
Jusqu’au printemps 2010, Vladimir Poutine ne manifeste pas d’intérêt particulier pour la candidature russe. La situation bascule lorsqu’il apparaît que la Russie risque de perdre — ce qui représenterait une humiliation diplomatique.
Poutine convoque alors un cercle restreint d’oligarques de confiance. Les instructions sont directes : « Faites ce qu’il faut pour gagner. » Le renseignement collecté par la candidature anglaise indique que ces oligarques ont été chargés de conclure des accords « niables » avec des membres votants de la FIFA.
Simultanément, la Russie installe une unité de surveillance à Londres, chargée d’espionner la candidature adverse. Les ordinateurs de l’équipe anglaise sont compromis. Un responsable de la candidature confirme : « Nous savons qui a piraté nos systèmes. » Il refuse de préciser pour ne pas révéler la source de cette information.
Franz Beckenbauer, Gazprom et Fedor Radman : le triangle de l’influence
Fedor Radman est un consultant discret. Il travaille officiellement pour la candidature australienne à la Coupe du Monde 2022. Il est surtout l’homme de confiance de Franz Beckenbauer — « Le Kaiser » — dont il oriente systématiquement les décisions.
La nuit précédant le vote à Zurich, Radman quitte brusquement son poste. Un envoyé du président allemand Christian Wulff vient de débarquer dans la ville pour rencontrer Beckenbauer. Selon une source allemande citée dans le documentaire, Wulff aurait indiqué à Beckenbauer pour qui voter : la Russie pour 2018.
La motivation probable ? Les approvisionnements en gaz. La Russie et l’Iran contrôlent ensemble les plus grands gisements gaziers au monde. Gazprom est l’un des principaux sponsors de la candidature russe. En juin 2010 — avant le vote — circule une rumeur : Beckenbauer négocie un contrat d’ambassadeur avec Gazprom. L’accord sera officiellement annoncé en 2012. Conclure un tel accord pendant la période de candidature était contraire aux règles FIFA.
MI6, FSB et agences privées : la guerre du renseignement autour de la candidature anglaise
La relation entre le Royaume-Uni et la Russie est déjà tendue en 2010. Quatre ans plus tôt, deux agents du FSB avaient assassiné à Londres Alexandre Litvinenko, un transfuge russe protégé par le gouvernement britannique.
Dans ce contexte, la candidature anglaise recrute deux agences de renseignement privées composées d’anciens cadres supérieurs du MI6. Leur mission : surveiller les activités des autres candidatures, notamment russe, et identifier les arrangements passés avec les membres votants. Le réseau d’ambassades britanniques à travers le monde participe également à cette collecte d’informations. Un responsable de la candidature reconnaît : « C’était un effort gouvernemental. »
Ces précautions se révèlent insuffisantes. La Russie a 60 ans d’expérience en matière de renseignement offensif. « Leur renseignement est toujours meilleur. Toujours », résume un interlocuteur du film. En décembre 2010, l’enveloppe est ouverte à Zurich. Le mot « Russie » apparaît. Côté anglais : silence, incrédulité, humiliation.
La défaite anglaise au vote FIFA s’inscrit dans un contexte diplomatique documenté. Selon un rapport parlementaire britannique publié en 2020 par le Comité du renseignement et de la sécurité, la Russie mène depuis des années des opérations d’influence ciblant les institutions occidentales, sportives et politiques. Le rapport, connu sous le nom de « Russia Report », note l’incapacité des services britanniques à mesurer pleinement l’étendue de l’ingérence russe dans plusieurs processus décisionnels au Royaume-Uni durant les années 2010.
Questions fréquentes sur la Coupe du Monde 2018 et le vote FIFA
Pourquoi Vladimir Poutine s’est-il personnellement impliqué dans la candidature russe pour 2018 ?
Selon les sources du documentaire, Poutine ne s’intéressait pas initialement au dossier. Il s’est mobilisé au printemps 2010 lorsque le risque d’une défaite est apparu. Une défaite aurait constitué une humiliation diplomatique pour le Kremlin. Il a alors convoqué des oligarques de confiance et leur a donné instruction de « faire ce qu’il faut » pour remporter le vote.
Qu’est-ce que le comité exécutif de la FIFA et comment fonctionnait-il réellement en 2010 ?
Le comité exécutif de la FIFA était composé de représentants des confédérations continentales (Europe, Afrique, Amérique du Nord, etc.). Officiellement, chaque membre disposait d’une voix égale. En pratique, les votes faisaient l’objet de négociations, de pressions politiques et d’arrangements privés, rendant le principe « un membre, une voix » largement théorique.
Quel rôle Franz Beckenbauer a-t-il joué dans l’attribution du Mondial 2018 à la Russie ?
Franz Beckenbauer était membre du comité exécutif de la FIFA. La nuit précédant le vote, son conseiller Fedor Radman l’a conduit à rencontrer un envoyé du président allemand Christian Wulff. Selon une source allemande, Wulff lui aurait indiqué de voter pour la Russie. Par ailleurs, Beckenbauer aurait négocié un contrat d’ambassadeur avec Gazprom — sponsor de la candidature russe — avant le vote, en violation des règles FIFA.
Comment l’Angleterre a-t-elle utilisé des services de renseignement pendant sa campagne pour le Mondial 2018 ?
La candidature anglaise a recruté deux agences de renseignement privées, toutes deux composées d’anciens hauts responsables du MI6. Ces agences collectaient des informations sur les activités des autres candidatures, notamment russe. Le réseau d’ambassades britanniques à l’étranger participait également à cette surveillance. Il s’agissait d’un effort coordonné impliquant des ressources gouvernementales.
Est-il vrai que Sepp Blatter savait à l’avance que la Russie gagnerait le vote ?
Plusieurs sources du documentaire l’affirment. Blatter aurait averti Peter Hariti de ne pas travailler pour la candidature anglaise en lui disant simplement : « Ils ne gagneront jamais. » Son projet personnel était d’attribuer un Mondial à la Russie et un autre aux États-Unis, qu’il décrivait comme une forme de réconciliation symbolique entre les deux grandes puissances de la Guerre froide.
🎬 L’avis de la rédaction — Ce documentaire ne parle pas vraiment de football. Il parle de gaz, d’oligarques, d’ambassades et de services secrets. Chaque témoignage ajoute une couche à un tableau que personne ne veut regarder en entier. Peter Hariti, rencontré à Budapest, incarne cette vérité inconfortable : les gens qui savent exactement comment ces jeux se jouent sont aussi ceux qui y ont participé. Le plus troublant n’est pas la corruption — c’est l’évidence tranquille avec laquelle tous les protagonistes l’admettent.
Conclusion
La Coupe du Monde n’est jamais seulement un tournoi. C’est un instrument de soft power, un levier diplomatique, un marché d’influence déguisé en fête populaire. En 2010, la Russie n’a pas simplement présenté une meilleure candidature : elle a mobilisé l’appareil d’État, des réseaux d’oligarques, des services de renseignement et des relations gazières pour s’assurer une victoire que Blatter avait peut-être déjà promise.
Le football commence le jour du coup d’envoi. La politique, elle, n’a jamais arrêté de jouer.